des tesselles, une pince... la mosaïque vue par Nathalie Fieno
Elle voulait exercer une activité artistique. Elle a cherché, testé, abandonné, recommencé, et puis elle a trouvé. Ce sera la mosaïque. Manipuler la matière, la découper, jouer avec les couleurs, c'est devenu sa passion. Une passion qu'elle a envie de faire partager.
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Ménilmontant. Dans une rue calme de ce quartier populaire de Paris se détache une jolie façade couverte de pierres colorées à l'enseigne de L'Atelier.
C'est là que Nathalie Fieno exerce son art de mosaïste et qu'elle expose et vend ses réalisations.
La couleur règne aussi à l'intérieur. Les motifs en fragments de pierres et de verres multicolores qui recouvrent les meubles et les objets leur confèrent l'originalité et le précieux d'une pièce unique.
Une préciosité d'autant plus rare que Nathalie Fieno s'attache à trouver des matériaux qui sortent des sentiers battus. Elle récupère des stocks anciens qu'on ne produit plus chez les fabricants ou passe beaucoup de temps à chiner dans les fonds de greniers.
Aux quatre coins de la pièce, des caissons regorgent de ses trouvailles et contre le mur du fond des piles d'assiettes de porcelaine attendent de finir morcelées sur un meuble ou un coffret.
l'itinéraire d'une passion
La mosaïque, Nathalie Fieno n'y est pas venue spontanément. Attirée depuis toujours par ce qui touche à l'artistique, elle a d'abord tâté de la peinture, "une catastrophe" avoue-t-elle, puis du vitrail avant de trouver enfin sa voie et le bonheur de créer à partir de ces bouts de verres et ces éclats de carrelage qu'on appelle les tesselles.
"Au départ, je ne connaissais que la mosaïque traditionnelle, celle des pavements romains, faite de blocs de pierres ou de marbre concassés. J'étais impressionnée par la qualité du travail mais ça ne m'intéressait pas. Lors de Portes Ouvertes, dans l'atelier d'une mosaïste, j'ai découvert la mosaïque contemporaine avec ces couleurs éclatantes et le mouvement que peuvent prendre les motifs. Depuis je fais partie des passionnées."
le temps de l'apprentissage
Nathalie Fieno est autodidacte. Elle voulait s'initier sans forcément suivre de formation. Alors elle a consulté une flopée de livres et elle est passée directement à la pratique. Mais elle le reconnaît, les cours permettent de gagner du temps.
"A partir des livres, j'ai fait des tas d'erreurs. Des colles mal choisies qui ne tiennent pas. On peut aussi massacrer un objet avec un ciment-joint dont la couleur n'est pas appropriée. C'est une étape importante, ça relie les couleurs les unes aux autres et confère une unité à l'ensemble. Je passe beaucoup de temps à choisir la couleur du ciment. Après c'est la façon dont on coupe qui donne des résultats différents."
Elle dit que la mosaïque, techniquement n'est pas très compliquée, que c'est plus un état d'esprit qu'on a ou qu'on n'a pas. Il faut être extrêmement minutieux et patient. C'est une question de précision dans la découpe des formes. "Je me suis bien musclée depuis que j'en fais", dit-elle pourtant toute menue.
| Pour faire de la mosaïque, il faut être extrêmement minutieux et patient. C'est une question de précision dans la découpe des formes. "Je me suis bien musclée depuis que j'en fais." |
transmettre son savoir
Maintenant, c'est elle qui donne des cours. "Enseigner me fait progresser". Plusieurs jours par semaine, sa grande table de travail posée au centre de la pièce, elle accueille 3 ou 4 élèves auxquelles elle transmet son savoir-faire. La plupart sont des femmes. Elles ont de 20 à 70 ans. Sensibles à leur environnement, elles veulent embellir leur intérieur.
Ce sont aussi souvent des femmes actives qui cherchent à décompresser d'un travail intellectuel avec une activité manuelle. La mosaïque nécessite beaucoup de concentration et ça les détend. Contrairement à d'autres activités, elles repartent avec un objet fini plus que présentable dont la plupart sont très fières.
Ce sont aussi souvent des femmes actives qui cherchent à décompresser d'un travail intellectuel avec une activité manuelle. La mosaïque nécessite beaucoup de concentration et ça les détend. Contrairement à d'autres activités, elles repartent avec un objet fini plus que présentable dont la plupart sont très fières.
vivre sa passion
Pour concilier sa vie familiale et la pratique de son activité, Nathalie a complètement calqué son emploi du temps sur celui de ses deux filles, Natacha et Emma.
Ont-elles envie de faire comme maman ? "Ma fille aînée vient de temps en temps à l'atelier mais elle n'a pas la patience. Je les laisse libre de choisir leurs activités. Elles suivent ce que je fais et raffolent de la mosaïque pour les meubles de leur chambre. Elles viennent faire leur marché à la boutique. Je dois souvent les réfréner. C'est pareil pour mon mari qui voudrait récupérer du mobilier pour la maison."
C'est ainsi que Nathalie Fieno se plaît à vivre sa passion, entourée de ses créations.
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_quelles sont vos sources d'inspiration ?
Je suis une fidèle des bibliothèques. Je bouquine beaucoup de livres sur l'art et des livres d'artiste : Mondrian, Klimt, Delaunay, etc. et Gaudi qui a joué un rôle énorme. Il a remis la mosaïque au goût du jour et il est à l'origine de la mosaïque contemporaine. Mais on peut aussi s'inspirer du quotidien, le dessin d'un tapis, une photo que l'on reproduit ensuite en réinterprétant les couleurs.
C'est la forme qui inspire le motif. Il est lié au style de l'objet. Pour un meuble, on est obligé de respecter sa structure. Les motifs les plus simples sont souvent les plus réussis. Pour le dessin d'un poisson, je vois la forme qu'il peut prendre puis ça devient un poisson complètement fictif.
_Thomas Edison a dit que l'innovation, c'est 10 % d'inspiration et 90 % de transpiration. Diriez-vous la même chose pour la création ?
Oui. Le travail, c'est même plus de 90 % du temps. C'est très long de faire une mosaïque. Certains mosaïstes dessinent beaucoup avant de commencer. Moi je me laisse porter par le sujet. Je réfléchis auparavant, je fais de petits croquis puis j'ajuste au fur et à mesure. J'ajoute ou j'épure. Je transforme les couleurs. J'ai une idée assez précise qui évolue au fil du travail.
_quels conseils donneriez-vous aux personnes qui pensent ne pas avoir d'idée ?
Les gens qui n'ont pas d'idée, ça n'existe pas. Les idées, c'est très personnel. Ils ont simplement peur de se lancer. Il suffit de s'inspirer de la vie quotidienne, de bouquiner, de se balader dans les magasins de décoration. Si on sait où l'objet sera placé, dans quel décor, les idées viennent toutes seules.
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Investissements pour se lancer
Une pince = 15 à 25 €. Pour le reste on utilise des outils communs. C'est une activité salissante au niveau de la découpe. Il vaut mieux disposer d'un espace spécifique ou bien on n'arrête pas de passer l'aspirateur.
Où trouver les matériaux
Une mosaïque peut être composée de céramique émaillée, de pâte de verre, de grès, d'émaux de verre, de galets, de coquillages, de billes de verre, etc. On en trouve dans les boutiques de loisirs créatifs, les magasins de carrelages. Les pâtes de verre produites en Chine sont meilleur marché qu'en Italie. Le rouge, l'orange, le jaune, l'irisé sont les plus chers. C'est une question de cuisson. Mais pour trouver des matériaux originaux, il faut chiner. C'est une recherche permanente.
Les débouchés
Les mosaïstes sont rattachés, soit à la Maison des Artistes s'ils ne font pas d'utilitaires, soit à la Chambre des Métiers. Il s'agit alors d'artisanat d'art. C'est le cas de Nathalie Fieno. Les cotisations de l'artisan sont plus élevées mais la frontière entre artiste et artisan d'art est mince. C'est le support qui est déterminant. Un plateau de table suspendu au mur peut devenir une œuvre d'art. On le paie plus cher mais on en vend moins. Les artisans commercialisent leurs créations en direct, dans les salons d'artisanat d'art ou lors de Portes Ouvertes. Certaines galeries les exposent.
Il n'est pas facile d'en vivre. Au début, mieux vaut avoir une activité annexe".
Nathalie Fieno
L'Atelier
3 rue Crespin du Gast
75011 Paris
01 48 06 20 35
contact@natfieno.com
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